Nicolas Henin, a reporter’s blog

Entrée de novembre 2007

A report on Radio Canada (TV)

novembre 23, 2007 · Laisser un commentaire

I had the great pleasure to produce a report for Jean-François Lépine, anchorman on the Canadian French-language Radio Canada channel. It’s (once again!) about Iraq…

A piece of daily life in Baghdad. The kind of things I love!

I couldn’t embed the video on this page, but it is available on the Radio Canada website.

The report is followed by a debate with the Iraqi anthropologist Hosham Dawod.

Catégories : That's my job!
Tagué : , ,

The new mercenaries…

novembre 16, 2007 · Laisser un commentaire

Everyone remembers the last scandal with Blackwater.

The western public has now quite a good idea about the “white men” mercenaries. But these mercenaries are just a very small proportion -maybe 5%- of all the paramilitaries operating in Iraq. 95% of these security guards are not former soldiers from the US or a European army, but come from the Third world.

Nepalese gurkas are in charge of Baghdad international airport, Peruvians deal with the security of the green zone, and 7,000 Ougandans (some of them obviously under 18) protect many of the US military facilities around Baghdad.

I published this short story in Le Point, on Nov. 15th, 07.

 

Les nouveaux mercenaires

Aux alentours du parlement de Bagdad, on n’entend guère parler arabe. En revanche, plusieurs députés irakiens ont connu des incidents dus à leur méconnaissance… de l’espagnol. La sécurité de la « zone verte » a été confiée à la société américaine Triple Canopy, qui a fait venir en Irak des cohortes de Péruviens qui tiennent tous les check-points. Ils apostrophent les parlementaires: « amigo ! », mais ne les comprennent pas toujours. De même, aux entrées des bases militaires américaines, on ne voit presque plus de GI. A la place, dans des treillis clairs, de longues silhouettes noires armées de kalachnikovs. La société américaine qui a remporté l’appel d’offres lancé par le Pentagone a fait venir 7.000 Ougandais par avions spéciaux. Le gouvernement de Kampala a touché sa part pour avoir ainsi « prêté » des hommes qui, au pays, sont officiellement soldats. Quant aux Ougandais, dont certains ne semblent même pas majeurs, ils perçoivent 900 dollars par mois. « Mais, l’an prochain, on nous a prévenus que, si on voulait rester, il faudrait qu’on se contente de 700 dollars , annonce l’un d’eux. Ils nous disent que la Namibie est prête à envoyer 7.000 hommes pour 500 dollars par mois. Il y a trop de misère en Afrique, ça fait de la concurrence…»

Catégories : That's my job!
Tagué : , , , , ,

A story from the Iraq-Iran border

novembre 16, 2007 · Laisser un commentaire

Here is my last story from Iraq, on the Iraq-Iran border.

It’s mostly about the Iranian influence in Iraq (greater than ever, thanks to… the US ousting of Saddam!). It’s not very political. I don’t review in this story the speculations about a war. I rather try to dig on the case of a war. Is Iran playing a dirty game in Iraq? How reliable are the US charges accusing Iran of providing sophisticated weapons to Iraqi insurgents? The answer is not a clear yes or no. Actually, depending on the people I interviewed, I got quite different reactions…

I was embedded with a US transition team, working with the Iraqi Department of border enforcement. I had also the support of a senior US diplomat in Baghdad (I can’t release his name or position). The story was published in Le Point.

I edited a TV version of this story, for the French Canal+ channel. To be broadcast Sunday 6th, Jan. 08, just after noon.

For the French speakers, enjoy your reading!

Iran-Etats-Unis :

drôle de guerre en Irak

15/11/2007 – Nicolas Hénin – © Le Point – N°1835

A la frontière entre l’Iran et l’Irak, les soldats américains surveillent un désert des Tartares. Mais à Bagdad les GI ne cessent d’accuser Téhéran d’être à l’origine de leurs déboires. Reportage.

C’est un paysage de désolation. Quelques bourrelets minéraux, des dunes, des caillasses, et surtout la poussière. Une poussière fine que le vent soulève et que l’on respire avec l’air chaud. Les oueds secs veinent le paysage et font concurrence aux tranchées, perdues sous les barbelés rouillés. Vieilles de vingt ans, les cicatrices de la guerre que l’Iran et l’Irak se sont livrée sont encore partout. Ces collines ont un jour ressemblé à un Verdun aride. Mais, aujourd’hui, entassés dans leur pick-up bringuebalant, les gardes-frontière irakiens ne regardent pas avec la même crainte le grand voisin iranien. Le conducteur zigzague entre les cratères d’obus et les centaines de mamelons qui abritaient les tanks de Saddam Hussein.

Les gardes rejoignent leur poste d’observation. Un bien curieux édifice, construit en béton selon un plan hexagonal qui semble droit sorti du Moyen Age, avec double fortification, douve et donjon. Du haut du fort, on aperçoit les lignes de défense iraniennes. Plus modernes, elles ressemblent à des tours de contrôle d’aéroport qui se seraient égarées sur les sommets. « Parfois, on passe des heures à s’observer à la jumelle », raconte un garde irakien, comme s’il ne s’agissait pour lui que de tuer le temps. Quelques centaines de mètres seulement les séparent. Mais personne ne se hasarde à les franchir. Cette frontière n’est qu’un tapis de mines.

Nous sommes dans la province de Diyala, sur la route directe qui mène de Bagdad à Téhéran. Ici, le contrôle a été délégué aux peshmergas , les combattants kurdes. C’est donc un ancien guérillero kurde, le colonel Hassan, qui commande ce fortin. Il entretient des relations cordiales avec l’autre côté de la frontière, où vit une importante minorité kurde, mais il voue au régime de Téhéran une sombre hostilité. Dans cette région, la frontière n’a pas tellement de sens. Les familles vivent de part et d’autre de la ligne, qu’elles croisent sans cesse. Les gens d’ici se soucient peu de leur nationalité iranienne ou irakienne. C’est leur identité kurde qui prime.

Le colonel tient à nous conduire dans une pièce à l’écart, fermée par quatre gros cadenas. Son armurerie. Posés à même le sol, une mitrailleuse lourde Douchka qui semble avoir vu la Seconde Guerre mondiale, quelques RPK et une dizaine du réglementaire kalachnikov. « Regardez , larmoie-t-il, nous n’avons presque pas d’armes. J’ai honte de vous montrer ça. Si jamais les Iraniens savaient que nous sommes si peu armés, ils lanceraient sûrement une attaque contre nous ! »

A l’état-major des gardes-frontière de la province, dans la ville de Khanaqin, le général Nazim nous reçoit dans son bureau. Lui aussi se plaint de la fragilité de la frontière. « Je suis chargé d’une portion de 200 kilomètres, protégée par 33 fortins. Il y a parfois des trous de 10 kilomètres dans lesquels les gens peuvent passer. » Comme tous les officiers irakiens, il ne manque pas une occasion de demander plus de moyens dès qu’il rencontre un homologue américain. Ancien chef peshmerga, le général Nazim se targue d’être l’Irakien qui a reçu le plus de décorations américaines. Pas peu fier, il a même édité un livre de photos de ses rencontres avec les officiels US. Dans son bureau ce jour-là, le lieutenant-colonel Ron Ward, en tournée. L’officier américain cultive une ressemblance lointaine avec Clint Eastwood. Il est, à 50 ans, un jeune retraité des forces spéciales, vétéran d’Amérique latine. Et son jugement est catégorique : « En dix mois de présence, je n’ai jamais vu aucune activité ennemie de la part des Iraniens sur cette frontière. Les trafics que nous voyons, ce sont les cigarettes, les moutons et surtout l’alcool, qui entre illégalement d’Irak en Iran. Parfois, nous trouvons des camions dont le double fond est tapissé de caisses de bière ! »

Livraisons d’armes.

Quand on lui demande quelles relations il entretient avec l’Iran, le général Nazim se réjouit de l’excellente tenue des échanges commerciaux. Puis il se ravise et accuse : « Au Nord, près de Halabja, Ansar al-Islam a toujours un groupe de plus d’une centaine de terroristes. Ils tuent en Irak et, une fois leurs méfaits accomplis, se réfugient en Iran.» L’officier américain tique. Il ne sait que penser de ces propos. Le régime des mollahs soutient-il réellement la nébuleuse terroriste sunnite ou le général ne lance-t-il cette accusation que pour obtenir de Washington un soutien accru aux peshmergas ?

C’est à une centaine de kilomètres de là, dans le quartier général américain de Diyala, que nous aurons un élément de réponse. Nous sommes à la base Caldwell. Connue avant l’invasion sous le nom de camp Kirkouch, il s’agit d’un vaste complexe militaire construit par les Yougoslaves en pleine guerre Iran-Irak. L’activité n’y est pas trépidante et, à vrai dire, les insurgés sunnites qui mettent la région de Baqouba à feu et à sang mobilisent beaucoup plus les GI que le voisinage de l’Iran. Rien ne laisse présager que l’armée américaine se prépare, d’ici, à des opérations transfrontalières, comme l’affirment certains journaux américains. Seuls les alignements de hautes antennes et les paraboles pointées vers le ciel témoignent de l’intense attention portée à ce qui se passe de l’autre côté de la frontière.

C’est là que nous rencontrons le major Scott A. Pettigrew, responsable du renseignement militaire américain pour la province de Diyala. Lui ne croit pas à une connexion entre l’Iran et Al-Qaeda. En fait, il contredit placidement la plupart des accusations qui circulent à Washington contre l’Iran. « Nous n’avons jamais arrêté aucun agent iranien dans cette province et nous n’avons jamais intercepté de flux financier en provenance d’Iran. Je n’ai jamais vu aucune activité ni présence de la Force Al-Qods. Je ne vois rien qui ressemble ici à une guerre par procuration avec l’Iran.»

En revanche, il est catégorique sur les livraisons d’armes. « L’arme qui porte clairement la signature de l’Iran, ce sont les EFP», les «explosive formed penetrators», des mines à charge creuse qui transpercent les blindages. L’officier-espion explique que la confection du cône de cuivre qui forme la tête de cette mine nécessite un savoir-faire dont seul l’Iran semble disposer dans la région. « Des groupes sunnites ont bien essayé d’en fabriquer, mais ils n’ont pas réussi. » Ses explications semblent moins convaincantes lorsqu’il évoque des inscriptions trouvées sur les armes. « Elles sont en anglais, mais elles nous permettent d’authentifier l’origine iranienne des armes. La plupart de ces armes sont destinées à l’Armée du Mehdi, la milice de Moqtada al-Sadr.»

Il faut dire que, depuis la chute de Saddam Hussein, l’Iran jouit d’un boulevard en Irak. Dans le sud chiite du pays, les commerçants acceptent de se faire payer en tomans, la monnaie iranienne, autant qu’en dinars. Une grande partie de l’électricité, de l’essence, des matériaux de construction ou des biens alimentaires consommés dans le Sud irakien proviennent d’Iran. Le commerce bilatéral va dépasser, cette année, le milliard de dollars et l’Iran est désormais un acteur majeur de la reconstruction de l’Irak puisqu’il s’est vu attribuer l’édification de deux centrales électriques, à Bagdad et Nadjaf.

Beaucoup des ministres ou des députés qui siègent à Bagdad ont passé des années d’exil en Iran. Le président irakien, Jalal Talabani, a longtemps utilisé le passeport que Téhéran lui avait confié. La brigade Badr, la milice du Conseil suprême islamique en Irak, a été formée par les pasdaran iraniens. Et, sur le plan religieux, l’homme le plus puissant d’Irak, le grand ayatollah Ali al-Sistani, est iranien. Un million de ses compatriotes se rendent chaque année en pèlerinage dans les villes saintes de Nadjaf et Kerbala. « Mais le Premier ministre Maliki, malgré ses années passées en Iran, déteste les Iraniens. Il les trouve arrogants», affirme comme pour se rassurer un officiel américain de haut rang. «Quand même, nous avons débarrassé l’Iran de deux ennemis : les talibans et Saddam Hussein. Il pourrait nous en être plus reconnaissant», ajoute-t-il sans rire.

A Bagdad, l’ambassade américaine est un ancien palais de Saddam dont les salles de bal, au goût soviétique déjà douteux, ont été défigurées par la juxtaposition de bureaux en préfabriqué. Ici, les regards se portent déjà vers l’autre côté de la frontière. Les derniers succès de librairie, aux Etats-Unis, consacrés à l’Iran sont sur tous les bureaux. Et pourtant les diplomates sont circonspects. « Je ne crois pas à la perspective d’une guerre contre l’Iran , confie l’un d’eux. Ne serait-ce que parce qu’on n’a pas la capacité militaire. On pourrait toujours imaginer des frappes aériennes. Mais même cela représente un sacré risque pour nos gars sur le terrain.»

« On n’y met plus les pieds. »

La capacité de nuisance de l’Iran se constate jusqu’au coeur de Bagdad, dans les quartiers chiites qui composent un large croissant sur la rive orientale du Tigre. Dans les rues, les portraits des chefs religieux s’affichent sur les murs. Et, dans la base de Rustamiya, l’un des noeuds du dispositif militaire américain pour l’est de Bagdad, elle arrive surtout par le vacarme des explosions. En général, la déflagration est suivie d’une fusillade intense. « C’est encore un EFP ! » peste le lieutenant Morieno, alors qu’une explosion vient de déchirer l’air et que les tirs se déchaînent. La faute à qui ? « L’Iran , répond l’officier du tac au tac. J’ai vraiment l’impression qu’on est en guerre contre eux, ici.»

En fait, l’armée américaine est aux prises avec de larges factions de l’Armée du Mehdi, la milice de Moqtada al-Sadr, qui ne respectent pas la trêve décrétée par le leader chiite début septembre. Ces miliciens sont accusés par les Etats-Unis d’être aux ordres de l’Iran. « Je ne comprends pas que nos enfoirés de généraux continuent de dire dans tous les médias que la trêve tient , s’emporte le lieutenant. Il n’y a plus de cessez-le-feu ! Ça pète tous les jours, ici… » Petit tour dans la salle de commandement. Sur un écran apparaît en temps réel chaque unité américaine, véhicule au sol ou hélicoptère. Des centaines de petits points verts qui fourmillent dans Bagdad et ses environs. Sauf à Sadr City. Le grand faubourg chiite est vide de toute présence américaine. « On n’y met plus les pieds, confirme un sergent. C’est plein d’Armée du Mehdi, là-bas. Trop dangereux. Trop d’influence iranienne… »

Catégories : That's my job!
Tagué : , , , , , ,

A friend’s story on Gaza (Le Monde)

novembre 10, 2007 · Laisser un commentaire

I copy in this post a report published in the French daily Le Monde (source) by Benjamin Barthe, an old friend who recently got a prize at Bayeux war correspondents festival.

He describes how the Gaza strip became a “ghost land” for the Israeli press, with measures banning Israeli journalists -both jewish and muslim- to report from there.

It echoes some regulations issued by French authorities to prevent reporters to travel to some countries…

 

Reportage

Gaza, terre fantôme des médias israéliens

LE MONDE | 09.11.07 |

JÉRUSALEM CORRESPONDANCE

Pour les journalistes israéliens, la bande de Gaza n’a jamais été un territoire aussi lointain. Qu’ils soient juifs ou arabes, l’armée israélienne les empêche, depuis un an, d’y pénétrer, pour des raisons de “sécurité”. La poignée de courageux qui, en dépit de l’Intifada et de l’anarchie locale, persistaient à franchir le terminal d’Erez, portail de la bande côtière palestinienne, sont désormais interdits de “terrain”. La mesure concerne aussi une cinquantaine de correspondants de médias étrangers qui disposent également de la nationalité israélienne.

Gaza, déclarée “entité hostile” par l’Etat juif, est devenue une entité fantôme. “En novembre 2006, quand l’armée m’a refoulé pour la première fois, le porte-parole évoquait des risques d’enlèvement”, explique le journaliste Gideon Levy, qui signe chaque semaine, dans le quotidien Haaretz, un reportage “coup de poing” sur la vie dans les territoires occupés. “Cette mesure, qui devait être temporaire, est en train de devenir permanente. Et, le pire, c’est que la profession ne s’en émeut même pas”, ajoute-t-il.De fait, le syndicat des journalistes israéliens ne trouve rien à redire à cet embargo médiatique. “Dans la période actuelle, les journalistes doivent obéir aux forces de sécurité, assure Yossi Barmucha, un responsable du syndicat. Si je lance une campagne de protestation au nom de la liberté de la presse et que, dans les jours qui suivent, un confrère est kidnappé à Gaza, vous imaginez ma situation ?” Shlomi Eldar, le reporter casse-cou de la chaîne de télévision 10, se refuse, lui aussi, à critiquer l’armée. “Je désapprouve cette décision, mais je peux la comprendre, dit-il. Depuis mon premier reportage à Gaza, en 1991, je m’y suis toujours senti en sécurité. Les seuls problèmes que j’ai rencontrés sont d’ailleurs venus de l’armée, qui, en 2003, a blessé par balle mon cameraman. Mais, aujourd’hui, la situation est beaucoup plus compliquée. C’est le balagan (chaos), comme on dit chez nous. Entre le Fatah, le Hamas, le Djihad islamique et les clans armés jusqu’aux dents, il n’est pas déraisonnable d’imaginer qu’un Israélien puisse se faire enlever.”

Gideon Levy, franc-tireur patenté de la presse israélienne, est d’un avis rigoureusement contraire. Il estime que la prise du pouvoir par le Mouvement de la résistance islamique (Hamas), en juin, a obligé les gangs qui semaient le chaos à rentrer dans le rang et que, de ce fait, les risques y sont bien moindres qu’au printemps. Comme Shlomi Eldar, il doit à l’armée israélienne le seul moment véritablement dangereux de sa carrière : quand une balle a traversé le pare-brise de sa voiture à Tulkarem, en Cisjordanie, en 2003. “Personne ne m’a empêché d’aller couvrir la guerre à Sarajevo parce que c’était risqué, dit-il. Il y a des dangers à Gaza, c’est évident, mais cela fait partie de notre travail. Et d’ailleurs, avant de rentrer là-bas, nous signions toujours une décharge qui exemptait l’armée de toute responsabilité.”

Selon Gideon Levy, le veto de l’armée israélienne, inchangé depuis un an, relève de la censure déguisée. “Cette décision fait l’affaire des généraux, du gouvernement, des patrons de journaux et même des lecteurs, qui n’ont aucune envie d’entendre parler de la misère qui règne à Gaza”, affirme-t-il.

Suleiman Al-Shafi, journaliste pour la chaîne 2, partage ce point de vue. “Je connais chaque pierre de Gaza, où je me sens parfaitement en sécurité. L’armée cherche à contrôler les médias pour mieux faire passer “sa” vérité”, juge-t-il.

De son côté, Amira Hass, l’autre expert ès affaires palestiniennes du quotidien Haaretz, impute le blocage à l’attitude de la presse en général. Dès le début de l’Intifada, en 2000, elle a eu besoin des coups de téléphone de sa hiérarchie à l’état-major pour obtenir le droit de traverser le point de contrôle d’Erez. Un soutien qui, aujourd’hui, lui fait défaut. “Le problème tient moins aux ordres de l’armée qu’au manque de volonté des médias de s’y opposer et de couvrir la réalité de Gaza, affirme-t-elle. Ils se comportent comme si ce territoire n’existait pas, comme si, depuis le désengagement (israélien de 2005), l’occupation en avait disparu.”

Les reporters israéliens couvrent donc Gaza à distance : par téléphone, à l’aide des dépêches d’agences et grâce aux images envoyées par leurs collaborateurs palestiniens. Un traitement par défaut qui les frustre d’autant plus que, entre le coup de force du Hamas et le blocus économique imposé par Israël, la situation sur place n’a jamais été aussi critique. “Le Hamas est en train de créer un Etat, un Etat stupide qui va dans le sens des plans de l’armée, visant à couper Gaza de la Cisjordanie, et nous sommes incapables de couvrir cette histoire”, soupire Amira Hass.

Si Israël, comme le ministre de la défense Ehoud Barak l’a évoqué, met à exécution sa menace d’offensive contre Gaza, la presse israélienne risque de rater une autre histoire. Ou presque : les seuls témoins seront les correspondants militaires “embedded” (embarqués) dans les blindés de l’armée.

 

Benjamin Barthe

Catégories : Politics
Tagué : , , , , , ,