Nicolas Henin, a reporter’s blog

A report on the Sons of Iraq

avril 3, 2008 · Pas de commentaire

As I promised, I post here my last report published in the last issue of the French Le Point newsmagazine.

It’s about the Sons of Iraq -for those who don’t know yet, that was the main subject of my last trip to Iraq!

Enjoy your reading…

* * * *

Le major Barbina enrage. C’est une mission qu’il aurait préféré ne jamais avoir à faire. « Quand je pense qu’on a donné du fric à ces gens pour réparer la route ! » Seulement voilà, Al-Qaeda aussi a donné de l’argent. Et, ni vu ni connu, les ouvriers qui devaient restaurer la route « Chargers » ont profité des travaux pour enterrer des mines sous l’asphalte. Ce matin, à bord de son blindé Stryker de 19 tonnes, cet officier de la 66th Engineer Company américaine va devoir passer le ruban de bitume au peigne fin pour écarter tout danger.Impressionnant déploiement de technologie au milieu des palmeraies du nord de Bagdad. Succession d’engins perchés haut sur roues, dont le bas de caisse est profilé de façon à pouvoir résister à une explosion et dont les scanners et radars scrutent le sous-sol à la recherche du moindre objet enfoui. Dans le convoi, aussi, des engins-grues équipés de caméras thermiques et de bras souffleurs pour écarter les détritus et dégager le sol. L’armée américaine a déployé dans cette campagne irakienne des trésors de technologie pour protéger autant que possible la vie de ses boys. Durant cette mission, les soldats ne sortent pratiquement pas de leurs véhicules. Et lorsqu’une villageoise âgée s’approche, curieuse, de la caravane blindée, c’est par haut-parleur qu’elle se voit intimer l’ordre de décamper. Un peu plus tard, trois coups de feu claquent dans l’air. « Ce sont des tirs de sommation contre… un sanglier », s’excuse, penaud, l’un des militaires. Cette route « Chargers » n’est longue que de 5 kilomètres. Elle est constellée d’une dizaine de cratères, dus à des explosions de mines contre des convois américains. Il faudra près de quatre heures pour la « traiter », selon le jargon militaire. Ce matin-là, les sapeurs de la 66e compagnie retireront du sol trois obus reliés à des câbles de mise à feu. Ces mines artisanales, surnommés IED (acronyme de l’anglais improvised explosive devices ), sont à l’origine de 40 % des morts américains en Irak-plus de 4 000 en cinq ans de guerre.Le convoi fait une halte à la base américaine de Tarmiya. Un avant-poste au confort spartiate dans lequel vivent 200 soldats venus de Hawaii. Bleus à peine arrivés en Irak. Beaucoup quittent les Etats-Unis pour la première fois. Ils ont l’air un peu perdus, ces GI à peine sortis de l’adolescence qui se font peur, le soir, à se raconter des histoires de films d’horreur, et arrosent le matin les oeufs brouillés du petit déjeuner de sirop d’érable. Ce qu’ils ont le mieux retenu de leur formation, c’est qu’il ne faut jamais faire confiance à un Irakien. Des Irakiens dont ils se moquent, entre eux, dans des blagues ponctuées d’insultes.
Les Fils de l’Irak
Pourtant, à Tarmiya comme ailleurs, les soldats américains doivent de plus en plus compter sur les forces de sécurité locales. Comme chaque matin, au poste de police de la ville, une petite délégation conduite par le lieutenant Peterson vient rencontrer les responsables locaux. L’avant-veille, une grenade a été lancée contre le mur d’enceinte de la base. Demande d’explications. Débat. Complaintes mutuelles. Les Irakiens ne font pas assez pour assurer la sécurité, se plaignent les uns. « Vous ne nous donnez toujours pas assez de moyens ! » rétorquent les autres.
Il y a encore quelques mois, Tarmiya était le pire cauchemar qu’un GI puisse imaginer. Chaque jour, une nouvelle attaque. Aujourd’hui, la violence a chuté. Et, dans les rues poussiéreuses, le lieutenant Peterson est tout content de nous présenter ses nouveaux alliés : 500 hommes en armes, sous contrat pour le cheikh local. Ce sont les « Fils de l’Irak ». Auparavant, l’état-major américain surnommait ces hommes des CLC, « citoyens locaux concernés ». Washington se plaît à les présenter comme une émanation spontanée, une sorte de « police tribale » apparue en réaction aux exactions d’Al-Qaeda. En fait, dans un pays où l’emploi public a toujours assuré la subsistance des familles, cela permet surtout d’occuper et de donner un salaire à une communauté sunnite qui constituait l’épine dorsale de l’appareil sécuritaire de l’ancien régime, et que la dissolution des forces de sécurité irakiennes avait mis au chômage. Ces miliciens gagnent « environ 60 dollars par mois », nous explique le lieutenant Peterson. « Environ », parce que l’officier américain avoue ne pas savoir précisément combien le cheikh garde pour lui de l’argent qu’il reçoit du contribuable américain pour la paie de ses hommes. « Dans ce pays, c’est complètement normal que le chef garde sa part », se défend l’officier américain. A ce salaire fixe mensuel s’ajoute une prime, à la discrétion du commandant de la base américaine, lorsque les Fils de l’Irak capturent un suspect intéressant ou mettent la main sur une cache d’armes d’Al-Qaeda.
Ce qu’on appelle la réconciliation
« Les Fils de l’Irak sont une partie essentielle de notre plan de sécurité pour la ville, explique le lieutenant. Ils nous apportent du renseignement local. Ces gens vivent ici. Ils connaissent le coin et ils savent tout ce qui s’y passe. » Est-il choqué que parmi ces miliciens, payés par les Etats-Unis, on trouve des gamins de 12 ans à peine affublés d’un kalachnikov, plantés à un check-point ? « C’est une chose qui ne choque qu’en Occident », tente-t-il. Et quand on rappelle au lieutenant les traités internationaux sur les enfants soldats, il répond sans conviction qu’ « aucun enfant n’est sous contrat avec l’armée des Etats-Unis en Irak ». On dit que la plupart de ces Fils de l’Irak sont d’anciens insurgés. Le lieutenant Peterson ne s’en cache pas. « C’est ce qu’on appelle la réconciliation ! Oui, c’est vrai que certains ont sans doute dans le passé bossé pour Al-Qaeda. Mais quand l’alternative, c’est pas d’argent du tout ou alors gagner un peu d’argent honnêtement, ils ont vite fait de choisir. »

En ville, on trouve ces Fils de l’Irak dans chaque rue. Sans autre uniforme qu’une ceinture fluorescente, ce sont eux, plus que les policiers ou les militaires, qui assurent la sécurité de Tarmiya. Moustafa Mohamed Mahmoud, 17 ans, est l’un d’eux. Près de son check-point rudimentaire, fait de quelques sacs de sable éventrés et d’un tronc de palmier, une haie de barbelés en bataille et la carcasse d’une voiture piégée. « Deux membres de ma famille ont été tués par Al-Qaeda. Deux cousins. Ils sont venus chez eux pour les tuer », raconte le jeune milicien comme pour justifier son engagement. Son rêve, c’est d’entrer un jour dans la police irakienne. « J’ai bien déposé ma candidature il y a quatre mois, mais je n’ai pas de réponse. Ils me disent : reviens demain. »

Pour pérenniser les progrès de sécurité dus aux Fils de l’Irak et se débarrasser du poids financier qu’ils représentent, les Américains militent à Bagdad pour que ces volontaires soient intégrés dans les forces de sécurité régulières. Mais ce n’est pas gagné. Chiites et Kurdes tiennent désormais les postes clés dans les ministères et ils ne sont pas disposés à partager l’énorme budget de la sécurité avec les sunnites. Pour les miliciens eux-mêmes, le soutien des Américains ne s’inscrit pas dans le long terme. « Pour le moment, ils nous aident. Mais qu’ils nous donnent des armes et ils pourront s’en aller ! » vitupère Moustafa.

Retour à la base militaire américaine. Son commandant, le capitaine Chris Loftis, est un ancien des forces spéciales. Il parle un français rudimentaire appris à l’école militaire en prévision de missions en Afrique de l’Ouest. Et aussi l’arabe classique, ce qui fait sourire les locaux. Surtout lorsque, imperturbable, il corrige un officier de police qui évoque les « forces d’occupation ». « Forces de la coalition, vous voulez dire… » Très musclé, le capitaine Loftis est un pragmatique dans une armée de cow-boys. Il est le genre d’homme à penser que les armes sont le dernier moyen qu’un soldat doit mettre en oeuvre.

Dans sa salle de commandement, le capitaine est occupé. Perplexe face à un mur de cartes et d’écrans. Et puis une radio grésille. « Sir, on nous signale des tirs intenses au niveau du check-point 121. Il semblerait que ce soit un accrochage entre des Fils de l’Irak et des militaires irakiens. » L’officier grommelle. Ce n’est pas la première fois que la rivalité entre ces forces dégénère. Parfois, ce sont même des groupes rivaux des Fils de l’Irak qui s’affrontent. La nuit précédente, sur une route en dehors de la ville, deux check-points concurrents se sont longuement mitraillés. Un milicien a reçu une balle dans le ventre. La version qu’ils ont ensuite servie aux militaires américains, c’est qu’à cause de la nuit ils ne pouvaient pas se voir.

« Qu’un peloton s’équipe, on y va. Vite ! » ordonne l’officier en jetant son gilet pare-balles sur ses épaules. Pas le temps de sortir les camions. Loftis, accompagné d’une demi-douzaine d’hommes, sort de la base au pas de course et s’enfonce dans une palmeraie. « Allez les mecs, on se bouge ! » Par radio, il reçoit des précisions. Les premières informations étaient fausses. En fait, il n’y a pas eu d’accrochage. Les Fils de l’Irak ont repéré deux snipers d’Al-Qaeda et ils se sont lancés dans une chasse à l’homme. Ils « rafalent » à tort et à travers pour effrayer l’ennemi.

Il ne faut pas une demi-heure aux miliciens pour ramener les deux suspects au poste de police. « Sur le Coran, je le jure, je n’ai rien fait », se défendent-ils, molestés par un officier irakien. Ce dernier exhibe sa prise à son homologue américain en jubilant. Il faudra une heure d’un interrogatoire serré mais confus pour finalement établir que l’un des deux « snipers d’Al-Qaeda » dénichés par les Fils de l’Irak est en fait aveugle.

Sur le chemin de retour vers la base, le capitaine veut rendre visite à cheikh Jassem. C’est le patron des Fils de l’Irak à Tarmiya. Notable bien en chair, vêtu d’une dishdasha (djellaba irakienne) immaculée, le cheikh reçoit dans sa maison sous haute protection. A voir cet homme affable, suffisant et obséquieux, on imagine mal qu’il y a trois semaines cheikh Jassem était encore dans une prison de Bagdad, accusé de corruption et de financement de l’insurrection. Mais à Tarmiya les Américains n’ont trouvé personne de plus représentatif, ni de moins corrompu. Alors, ils l’ont libéré.

Et en ville il est désormais leur meilleur allié. Sur un terrain aussi imprévisible et mouvant que ce petit coin d’Irak, cheikh Jassem sait rassurer les Américains. « Nous avons pratiquement éradiqué Al-Qaeda de la ville, pérore-t-il. La plupart d’entre eux, nous les avons tués ou faits prisonniers. Les autres ont dû prendre la fuite en laissant derrière eux tout ce qu’ils avaient. Même leurs voitures ! » Aujourd’hui, le cheikh a un cadeau pour le capitaine Loftis. Il le conduit dans son jardin, derrière la maison. Il fait déplier une bâche sur la pelouse, et ses hommes sortent d’un abri de jardin des dizaines d’obus, des mines, des munitions et même des fûts d’acide nitrique pour fabriquer des explosifs artisanaux. Avec la satisfaction du puissant, le cheikh bombe le torse. « Voilà ce qu’on a pris aujourd’hui à Al-Qaeda. » L’officier américain opine du chef.

Malheureusement, ce jour-là, on gâchera le plaisir du cheikh. Lorsqu’on lui demande combien il espère toucher pour une telle prise, il se vexe. Il se drape dans sa robe, ferme son visage et lâche avec dédain : « Vous croyez que je fais ça pour les dollars ? »

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Could the Sons of Iraq backfire ?

avril 3, 2008 · Pas de commentaire

I should publish latter on this blog my last story printed this week in Le Point newsmagazine on the SOI (Sons of Iraq) sunni militia.
But I dont want to lose the opportunity to post a tribune, published today in the New York Times, on the same subject.

The findings of this article are quite the same to what I wrote in my own report : the SOI have been a powerful mean to decrease sharply the violences on a short term, but they embody a great danger on a longer term as many issues (national reconciliation, long term funding, sustainable loyalty of the local leaders to the Iraqi governement…) are still pending.

You can watch also my TV report on the SOI’s here.

* * * *
April 3, 2008
Op-Ed Contributor

Iraq’s Sunni Time Bomb

By MATT SHERMAN

Washington

WHILE the recent fighting in Basra and Baghdad has alerted many Americans to the danger that Shiite-on-Shiite violence poses to our goals in Iraq, it should not divert our focus from another looming threat: that the Sunni tribesmen who have sided with the American-led coalition may turn against us.
Perhaps the biggest reason for the drop in violence during the second half of 2007 was the coalition’s hiring of some 90,000 men, mostly Sunnis, to protect critical government properties like pipelines and to take part in neighborhood-watch systems. The decision to support these so-called Sons of Iraq — armed, many times, with the same AK-47’s that had been pointed at our troops just months earlier — was always viewed as risky, but few options were available to us at the time to reduce violence. So far, the gamble has paid off.
The Sons of Iraq program was at the heart of what the United States military called its “bottom-up reconciliation movement,” intended to get Iraqis to stop fighting the government and one another at the local neighborhood and village level. But use of the term “reconciliation” may be misleading. The word conjures images of forgiveness and repentance. That’s not what the Sons of Iraq idea was about — the coalition set out simply to neutralize a large swath of rogue fighters, often with money, with the hope of finding ways to reconcile in the future.
This is not to say that reconciliation is not possible; I believe it is. And by this I don’t mean reconciling Sunni and Shiite Islam — 1,300 years of history are unlikely to be resolved in a relative instant. What we can do is help shift the debate inside Iraq so that it doesn’t rest on how one sect relates to another but how individual Iraqis relate to their government.
While the Sons of Iraq movement has been a leading contributor toward the reduction of violence against American troops, it remains highly fragile. Some of its groupings are nationalist, some are Islamist, many are tribally rooted and some may, unfortunately, be composed of hard-line Sunnis intent on restoring their sect’s domination over Shiites. Thus, unsurprisingly, the group is viewed with great skepticism by many Shiites in the Baghdad government.
With each passing day, the amount of influence American officials have with the Iraqi government dwindles, while the list of objectives we wish to achieve grows. We need to pick our priorities now — and at the top of that list must be finding a productive future role for the Sons of Iraq.
First, we must take a look at who the Sons of Iraq are and what motivates them. They are not a monolith; members come from more than 125 political and tribal groups holding differing aspirations and influenced by numerous entities, some of which have goals contrary to those of the Americans and the government of Prime Minister Nuri Kamal al-Maliki. Thus there is no single solution to all 90,000 potential problems.
The leading idea so far is to fold a fraction of them, about 20,000, into the Iraqi security forces. The remainder would be accommodated in civilian job-placement and training programs. But this will be far harder than it looks.
For political and sectarian reasons, the (mostly Shiite) ministers and officials who oversee the security forces are unenthusiastic about bringing in Sunnis. In addition, the government doesn’t have the bureaucratic efficiency to handle such a large influx of people easily. Aside from those problems, we’d need to come up with a way of deciding which men are qualified for security duty — a screening method to marginalize hard-liners and co-opt less ideologically driven members.
But the American leadership must press the Iraqis to overcome those obstacles. As we look to transform the Sons of Iraq, we are talking about more than just a venue to redirect insurgents from violence. This is also an opportunity to encourage engagement by Sunnis, many hailing from oft-ignored western Iraq and who have no real voice in the political system, in the new nation.
As for the American stake in this, the future drawing down of forces will be largely determined by the commitment of Iraqi factions to reach local political and security compromises. If we can’t help find a way to integrate the Sunnis into the state, many Sons of Iraq could revert to the insurgency. (This is another reason that it’s prudent to put a pause on further American troop reductions.)
By better understanding the objectives of this diverse group we can more efficiently create postwar employment, promote acceptance within the government, foster local security solutions and improve the chances of sustained success against the insurgents. Failure to find a new role for the Sons of Iraq, however, will result in the deterioration of government authority, an inability to draw down our own forces, and a return to militia rule for much of Iraq.

Matt Sherman has spent more than three years as a civilian official in postwar Iraq, most recently in 2007 as the political adviser to the First Cavalry Division in Baghdad. He is a principal with SCI Consulting, a senior adviser with the Scowcroft Group and an adjunct with the RAND Corporation.

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