Nicolas Henin, a reporter’s blog

Articles étiquettés ‘Iraq’

War in dark waters in Baghdad

janvier 23, 2009 · Un commentaire

I recently published a feature in Le Point, about the new challenges the US army is facing in Iraq.

The dramatic collapse of the level of violence in Iraq is just a step towards an improvement of the situation. The threat of a civil war is still there.

This is what I attempt to narrate in this story.

Source: http://www.lepoint.fr/actualites-monde/guerre-en-eaux-troubles/924/0/300898

Bagdad – Guerre en eaux troubles

Attentats, menaces, double jeu, affrontements religieux ou ethniques… les soldats américains sont englués dans une bataille ambiguë.

Nicolas Hénin

Sadr City piétine dans les eaux pestilentielles. Les pluies de l’hiver ont fait déborder les égouts. Les canalisations n’avaient pas été entretenues depuis des lustres. Les combats du printemps dernier entre l’armée américaine et les miliciens de l’armée du Mehdi de Moqtada al-Sadr leur ont donné le coup de grâce. Les eaux puantes débordent sur les chaussées et transforment le quartier en marécage nauséabond.

« Je suis optimiste. Prudemment optimiste , répète le major Thomson, l’un des officiers américains chargé du quartier. Quand nous sommes arrivés ici, à la fin du printemps, nous avions plusieurs accrochages par jour. Maintenant, nous n’en avons presque plus. » Cette baisse de la violence ne doit rien aux rues inondées. Elle est surtout due à un mur qui sépare le quartier rebelle en deux, établissant une bande de sécurité entre la partie la plus peuplée de Sadr City, où les soldats américains ne rentrent plus, et le reste de la ville. Et, surtout, il y a le couvre-feu imposé par Moqtada al-Sadr à ses hommes. « En une journée, entre le 13 et le 14 mai, mes hommes ont cessé d’être des cibles. Un jour, ils se faisaient tirer dessus. Le lendemain, ils distribuaient des ballons de foot aux enfants. »

Le sergent MacDonald était de ceux-là, sans cesse sous le feu des miliciens. « On a eu de la chance, notre peloton n’a pas perdu d’hommes. Mais on a quand même laissé 20 millions de dollars de matériel. Deux chars Abrams, détruits, brûlés. Le premier par un EFP [mine improvisée capable de percer les blindages] et le second par un RPG [lance-roquettes à double tête explosive]. Chaque fois, le réservoir de carburant a été touché et le feu a pris aux munitions. »

Aujourd’hui, le sergent est fatigué. « C’est déjà ma quatrième rotation en Irak », soupire-t-il dans sa moustache. Et pourtant, cette fois-ci, cela n’a rien à voir avec son précédent séjour. « On était au nord de Baakouba, dans la province de Diyala. Il y avait des tueries tout le temps. Je me souviens, notre dernier jour, on a fait le tour du secteur avec les mecs qui devaient nous remplacer, pour leur présenter le coin. Au bord d’une route, on a trouvé des sacs-poubelle. On s’est approchés lentement, et là on a vu qu’ils étaient pleins de têtes ! » Le sergent pousse un juron. « On a appelé les flics irakiens pour leur demander de venir nettoyer tout ça… »

A Sadr City, l’argent de la reconstruction coule désormais à flots. Trop longtemps délaissé, le quartier voit enfin arriver les milliards. Armée américaine et gouvernement irakien ont compris que la popularité du rebelle chiite Moqtada al-Sadr se nourrissait de ce terreau de misère. Ils tentent, finalement, d’y remédier. « Mais ils sont où, ces milliards ? s’emporte Tarek, commerçant chiite du marché de Jamila, en désignant autour de lui les amas d’immondices. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi on n’a toujours pas d’électricité ? Pourquoi notre eau est polluée et rend nos enfants malades ? Pourquoi ces rues sont toujours aussi sales ? Tout cela, c’est à cause de la corruption du gouvernement. Maliki prend les milliards et il reste enfermé dans son palais ! » « Je vais vous dire , dit-il encore en baissant la voix, sur le ton de la confidence. Saddam, on le détestait mais, à l’époque, c’était quand même mieux. Au moins, le pays fonctionnait. Aujourd’hui, c’est seulement le chaos… »

Le chaos, Cheikh Mohamed en est protégé. Il a le ventre gras sous sa dish-dasha blanche, le sourire obséquieux sous une barbe rase. Cet opportuniste a parfaitement compris tout ce qu’il peut gagner à se faire l’intermédiaire entre les forces américaines et la population. Il s’est imposé comme le protecteur des marchands du souk de Jamila, et il tente de déboulonner le conseil municipal mis en place par les Américains au début de l’occupation. « Ce ne sont que des débauchés ! Le jour, ils se la jouent bien pieux, propres sur eux, mais si vous allez à la municipalité la nuit, vous verrez que ce n’est qu’un night-club ! Tous les membres du conseil passent leurs soirées à boire avec des filles ! » L’argument semble toucher les officiers américains. Sans vouloir imposer leur puritanisme anglo-saxon aux Irakiens, ils admettent qu’ils ne sont pas satisfaits des performances du conseil municipal. Résultat, c’est décidé, Cheikh Mohamed sera probablement leur poulain local pour les élections provinciales qui se tiendront fin janvier. Reste à lui donner l’argent pour qu’il puisse se rendre populaire. « On aime beaucoup ce que vous faites , lui confie un capitaine américain chargé des actions civilo-militaires, mais ce serait plus facile si vous vous transformiez en ONG. On pourrait plus facilement débloquer des fonds…-Pas de problème », répond le cheikh avec une vigoureuse poignée de main. La politique, poursuite de la guerre par d’autres moyens…

Un improbable Big Ben

Changement de lieu. Changement de milieu. Le quartier d’Adhamiya est le coeur sunnite de Bagdad. Lovées dans un méandre du Tigre, les villas de la vieille élite irakienne et les restaurants à masgoufs, les fameuses carpes grillées du fleuve. Et, comme partout dans Bagdad, des kilomètres de murs antidéflagrants qui zigzaguent le long des routes. Très endommagée par les combats, la mosquée Abou Hanifa a été reconstruite grâce à l’argent des fidèles. Le trou béant causé par un obus de char dans le minaret a été comblé par une horloge géante, donnant à la construction islamique l’allure d’un improbable Big Ben égaré dans Bagdad. Derrière la mosquée, dans un petit cimetière enclavé, reposent nombre de « martyrs de la résistance », dont plusieurs dizaines de combattants étrangers.

Querelles de clocher. Le quartier n’est toujours pas sûr. Alors, pour leur réunion hebdomadaire, la trentaine de membres du conseil municipal se retrouvent dans la base américaine de War Eagle. Pour faire couleur locale, l’armée américaine a cloué aux murs de la salle de réunion des tapis de prière en acrylique. Les débats commencent sereinement. Très vite, ils achoppent sur les sempiternels problèmes de services-eau, électricité, voirie. Les esprits s’échauffent avec des querelles clochemerlesques sur la gestion de groupes électrogènes de quartier.

Puis vient la question des réfugiés. Les chiites, surreprésentés dans le conseil de ce quartier largement sunnite, ne veulent pas que les sunnites reviennent dans leurs maisons. « Ils n’ont qu’à aller voir le ministère des Réfugiés », recommandent les élus chiites sur un ton qui les inviterait plutôt à aller au diable.

Agir, c’est le métier du capitaine Chris Bowen. C’est l’un des plus jeunes de toute l’armée américaine : il a tout juste 25 ans. Mais il en est déjà à sa seconde rotation en Irak. L’expérience lui a vite forgé le caractère, même s’il garde des tics et un langage d’adolescent. Ce soir, le capitaine dirige un peloton de l’Attack Company. Au programme, une patrouille conjointe avec la police irakienne, un corps qui a du mal à gagner la confiance des militaires américains, qui jugent les policiers irakiens globalement corrompus et infiltrés par les milices. Ce genre de patrouilles conjointes est une façon de garder le contact et de rétablir la confiance. Arrivé au poste, le jeune capitaine s’entend dire que la police n’a aucun effectif à mettre à disposition. Puis, dans son oreillette, il reçoit le message qu’un IED, une mine de bord de route, vient d’éclater à un carrefour voisin. Pas de victimes, mais un tuyau de 1 mètre de diamètre qui fournit en eau le quartier de Rusafa, soit la moitié orientale de Bagdad, est percé. Sur place, il constate que l’eau se répand par gros bouillons et inonde un tunnel routier voisin. « Nous devons considérer cela comme une attaque majeure contre les infrastructures irakiennes », dit le jeune capitaine américain, crachant son tabac à chiquer et ponctuant sa phrase d’un « mother fucker ! ». L’alimentation en eau est coupée dans plusieurs quartiers. Les réparations prendront trois jours.

Le lendemain, nouvelle affaire. L’Attack Company a eu vent d’une affichette qui est apparue sur les murs d’un quartier. « Avertissement aux espions des infidèles et à leurs serviteurs », dit le tract, qui menace de mort les Irakiens qui travaillent pour les Américains ou le gouvernement. Le document est plein de fautes d’orthographe mais il est pris très au sérieux. Le capitaine Bowen arrête son convoi de Humvees à un premier check-point tenu par les Fils de l’Irak, ces miliciens créés par les Américains pour assurer la garde des quartiers. « Hé, les mecs, vous avez remarqué quelque chose ?-Rien de spécial , répondent les vigiles. Tout va bien dans le coin.-Et ça, ça vous dit rien ? réplique l’officier américain en sortant de sa poche l’affichette de menaces. -Ah ça… Oh oui, on l’avait vu. Mais on ne sait pas d’où ça vient », répond le chef du check-point irakien.

Un chef de milice apeuré

Le capitaine décide d’aller parler de ces affichettes à Abou Ahmad, le chef des miliciens du secteur. Il sonne pendant une dizaine de minutes au portail de sa maison. Pas de réponse. « Il a été menacé plein de fois, il doit être planqué dans un coin avec son kalach », explique le capitaine. Il est presque minuit, l’officier en a assez d’attendre. Eclairé par les torches de ses hommes, un pistolet dans une main, il escalade le mur d’enceinte et s’apprête à enfoncer la porte de la maison. Abou Ahmad finit par paraître, apeuré, dans le halo des projecteurs attachés aux fusils des soldats. Ce chef de milice contrôle 72 hommes, payés jusqu’à récemment par les Américains, aujourd’hui par le gouvernement de Bagdad.

Il s’excuse platement en faisant entrer l’escouade chez lui. A l’étage, des enfants pleurent. « Pardonnez-moi, je dormais. Je vous en prie, asseyez-vous. » Le jeune capitaine va droit au but. Ces affichettes de menaces, combien y en a-t-il eu ? Où, quand sont-elles apparues ? « Seulement trois, entre 8 heures et 8 h 15 hier soir, dans la rue 52, juste derrière. » Abou Ahmad s’efforce de sourire. Il donne des réponses aussi précises que possible. Mais il a peur. « Je ne pense pas que ce soit très important, je crois que ce sont des gamins de Sadr City qui ont fait ça.-Ecoutez , l’interrompt Bowen en prenant le ton des shérifs dans les westerns. Il y a ces affichettes. Il y a eu l’explosion contre le tuyau d’eau, hier soir. Et puis il y a toutes nos informations qui nous disent que des gens dont on espérait qu’ils avaient disparu du quartier sont de retour. J’aime pas ça. Pas du tout. » L’escouade quitte la maison alors qu’à l’étage les enfants pleurent encore. Ainsi va la guerre au quotidien en Irak. Avec une interrogation : les troupes américaines seront-elles en mesure de se retirer d’ici à 2011, comme le préconise Barack Obama ? Le pari est hasardeux…

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Last report from Iraq

octobre 24, 2008 · Laisser un commentaire

During my last stay in Baghdad, I covered the US presidential elections. What do the Iraqis think about it? And the GI’s?

The answer in this TV story:

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Nomination

septembre 1, 2008 · Laisser un commentaire

For those who follow my work, I had the great pleasure to learn that I have been nominee at Bayeux prize for war reporting for a report that I made last spring in Iraq.

You can view the story here

This is my second nomination at Bayeux. I was nominee for the first time in 2004, for a radio story I made on the first day of Moqtata as Sadr’s uprising.

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What an uncomfortable SOFA

juin 19, 2008 · Laisser un commentaire

This is a piece of furniture the Iraqis are pretty not happy to seat on.

The Status of forces agreement is being bargained between the US administration and the Iraqi governement.

Considering what is at stake, it is likely the bargain will last.

All details on these talks are kept secret, in order not to jeopardized them by debates in the Iraqi public, but the British The Independent daily released some of its exclusive content. I republish the story below.

What is strange is that the US media dont seem to understand the value of the Iraqi sovereignty. Time magazine, for instance, has no problem writting : “U.S. troops, for instance, are not subject to local laws in any of the countries where they are stationed, an arrangement okayed by unquestionably sovereign countries such as Germany, Japan, South Korea and Italy”. (read the complete story here).

Revealed: Secret plan to keep Iraq under US control

Bush wants 50 military bases, control of Iraqi airspace and legal immunity for all American soldiers and contractors

By Patrick Cockburn
Thursday, 5 June 2008

A secret deal being negotiated in Baghdad would perpetuate the American military occupation of Iraq indefinitely, regardless of the outcome of the US presidential election in November.

The terms of the impending deal, details of which have been leaked to The Independent, are likely to have an explosive political effect in Iraq. Iraqi officials fear that the accord, under which US troops would occupy permanent bases, conduct military operations, arrest Iraqis and enjoy immunity from Iraqi law, will destabilise Iraq’s position in the Middle East and lay the basis for unending conflict in their country.

But the accord also threatens to provoke a political crisis in the US. President Bush wants to push it through by the end of next month so he can declare a military victory and claim his 2003 invasion has been vindicated. But by perpetuating the US presence in Iraq, the long-term settlement would undercut pledges by the Democratic presidential nominee, Barack Obama, to withdraw US troops if he is elected president in November.

The timing of the agreement would also boost the Republican candidate, John McCain, who has claimed the United States is on the verge of victory in Iraq – a victory that he says Mr Obama would throw away by a premature military withdrawal.

America currently has 151,000 troops in Iraq and, even after projected withdrawals next month, troop levels will stand at more than 142,000 – 10 000 more than when the military “surge” began in January 2007. Under the terms of the new treaty, the Americans would retain the long-term use of more than 50 bases in Iraq. American negotiators are also demanding immunity from Iraqi law for US troops and contractors, and a free hand to carry out arrests and conduct military activities in Iraq without consulting the Baghdad government.

The precise nature of the American demands has been kept secret until now. The leaks are certain to generate an angry backlash in Iraq. “It is a terrible breach of our sovereignty,” said one Iraqi politician, adding that if the security deal was signed it would delegitimise the government in Baghdad which will be seen as an American pawn.

The US has repeatedly denied it wants permanent bases in Iraq but one Iraqi source said: “This is just a tactical subterfuge.” Washington also wants control of Iraqi airspace below 29,000ft and the right to pursue its “war on terror” in Iraq, giving it the authority to arrest anybody it wants and to launch military campaigns without consultation.

Mr Bush is determined to force the Iraqi government to sign the so-called “strategic alliance” without modifications, by the end of next month. But it is already being condemned by the Iranians and many Arabs as a continuing American attempt to dominate the region. Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, the powerful and usually moderate Iranian leader, said yesterday that such a deal would create “a permanent occupation”. He added: “The essence of this agreement is to turn the Iraqis into slaves of the Americans.”

Iraq’s Prime Minister, Nouri al-Maliki, is believed to be personally opposed to the terms of the new pact but feels his coalition government cannot stay in power without US backing.

The deal also risks exacerbating the proxy war being fought between Iran and the United States over who should be more influential in Iraq.

Although Iraqi ministers have said they will reject any agreement limiting Iraqi sovereignty, political observers in Baghdad suspect they will sign in the end and simply want to establish their credentials as defenders of Iraqi independence by a show of defiance now. The one Iraqi with the authority to stop deal is the majority Shia spiritual leader, Grand Ayatollah Ali al-Sistani. In 2003, he forced the US to agree to a referendum on the new Iraqi constitution and the election of a parliament. But he is said to believe that loss of US support would drastically weaken the Iraqi Shia, who won a majority in parliament in elections in 2005.

The US is adamantly against the new security agreement being put to a referendum in Iraq, suspecting that it would be voted down. The influential Shia cleric Muqtada al-Sadr has called on his followers to demonstrate every Friday against the impending agreement on the grounds that it compromises Iraqi independence.

The Iraqi government wants to delay the actual signing of the agreement but the office of Vice-President Dick Cheney has been trying to force it through. The US ambassador in Baghdad, Ryan Crocker, has spent weeks trying to secure the accord.

The signature of a security agreement, and a parallel deal providing a legal basis for keeping US troops in Iraq, is unlikely to be accepted by most Iraqis. But the Kurds, who make up a fifth of the population, will probably favour a continuing American presence, as will Sunni Arab political leaders who want US forces to dilute the power of the Shia. The Sunni Arab community, which has broadly supported a guerrilla war against US occupation, is likely to be split.

Catégories : Politics
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