Nicolas Henin, a reporter’s blog

Articles étiquettés ‘Somalia’

A report from Mogadishu

juillet 6, 2009 · Laisser un commentaire

Here is my last report from Somalia. You may find the original on Le Point website.

My friend Mohamed Ibrahim reported for me from the areas of Mogadishu that are “no go zones” for Western reporters.
I have a couple of stories in Somalia that I would like to tell. I bet you will see me back there quite soon ;-)

Au coeur du chaos somalien

Calamité. La guerre civile fait rage à Mogadiscio. Et l’Union africaine est impuissante.
Nicolas Hénin et Mohamed Ibrahim

Le marché de Bakara ne connaît plus la foule des grands jours. Dédale de ruelles autrefois encombrées d’étals, de carrioles tirées par des ânes et de camionnettes débordant de cartons, ce bazar était le poumon de Mogadiscio. C’est, désormais, l’épicentre des combats qui font rage entre les « soldats » du gouvernement fédéral de transition (TFG)-en fait, un assortiment de miliciens dépareillés-et les insurgés de l’opposition, membres du parti Hizbul Islam, à forte composante clanique, ou jeunes djihadistes du mouvement Chabaab.

Pourtant, au début de l’année, la Somalie semblait avoir une chance de tourner la page de dix-huit ans de guerre civile. Cheikh Charif Cheikh Ahmed, considéré comme un modéré par la communauté internationale depuis qu’il s’est allié à l’Ethiopie, était élu président. Un nouveau gouvernement était nommé, avec, au programme, un processus de paix et de réconciliation. Las, cheikh Hassan Dahir Aweys, ancien associé du président Charif mais resté fidèle à l’Erythrée, a pris la tête d’une insurrection, ralliant une bonne partie des membres de son clan, les Hawye, et le mouvement djihadiste Chabaab.

Et, aujourd’hui, dans les ruelles encombrées de gravats et de détritus du marché de Bakara, les deux camps se toisent. Se chassent. S’épient. Et se combattent furieusement. Rafales d’armes de tous calibres et de toutes origines, accumulées au fil des années de guerre. Echange d’obus de mortier, dont les tirs sont responsables de la plupart des destructions et des victimes civiles. Et, côté insurgés, utilisation de moyens terroristes inspirés de ceux mis en oeuvre en Irak et en Afghanistan : voitures piégées, kamikazes bardés de ceintures d’explosifs, enlèvements et assassinats. Et si, dans le marché de Bakara, les magasins d’armes ont fermé, ce serait plutôt faute de demande. Ici, tout le monde a une arme. Les moins riches, un kalachnikov. Les autres, un pistolet. Discrètes, les armes de poing sont très appréciées des hommes d’affaires pour se protéger, des Chabaab pour se fondre, armés, dans la population. Et tuer quand ils le souhaitent.

Mogadiscio est désormais divisée en deux. Au sud-ouest, une maigre bande côtière de 3 ou 4 kilomètres est sous le contrôle des forces du TFG et de la Mission de l’Union africaine (Amisom), venues périlleusement préserver une paix qui n’existe que sur le papier. C’est dans cette zone que se trouvent les infrastructures essentielles du fragile Etat : le port, l’aéroport et la Villa Somalia, un complexe de bâtiments qui abrite notamment le président et le Premier ministre, et qui ressemblerait à la « zone verte » de Bagdad si elle n’était à portée de lance-roquettes des insurgés. Le reste de la ville, au nord, comme presque l’ensemble du pays, est contrôlé par les rebelles. Ou, pire, par personne.

Le drame de la Somalie d’aujourd’hui, c’est que chaque camp a juste assez de forces pour empêcher l’autre de l’emporter, mais n’est pas en mesure d’imposer son autorité. Dans cette compétition entre acteurs faibles, manquant de soutien populaire, de consensus clanique, d’organisation militaire, le chaos ne peut que perdurer.

Et, malgré toute sa bonne volonté, ce n’est pas la force africaine de maintien de la paix qui permettra de trancher le noeud gordien. En sous-effectif (4 300 soldats au lieu des 8 000 prévus initialement), mal équipée, l’Amisom est trop occupée à se protéger elle-même pour exercer une pression quelconque sur les insurgés. D’autant que son mandat est bancal, prévoyant un soutien « aux institutions » et non « au gouvernement », afin de ne pas apparaître comme partisane. Elle a des règles d’engagement très restrictives, ne pouvant théoriquement ouvrir le feu qu’en cas de légitime défense. Malgré tout, avec leurs tanks, les soldats ougandais et burundais qui circulent en ville ont un certain pouvoir dissuasif. « Si l’on abandonne nos positions, les insurgés seront victorieux le jour même », admet l’un de ses commandants, le major ougandais Joav Ndahura.

Les soldats de l’Amisom ne s’aventurent pas à pied dans la ville. Ils limitent leurs déplacements au strict minimum, dans des convois mobilisant chaque fois au moins cinq véhicules blindés, et s’interdisent les sorties après 16 heures. Lorsqu’elles circulent dans les rues défoncées de la ville, les colonnes blanches frappées du sigle « AU » bousculent tout le monde sur leur passage. Pas question de s’attarder, de courir le risque de sauter sur une mine ou qu’un mitrailleur dans sa tourelle vienne s’offrir en cible à un tireur embusqué.

De toute façon, les officiels de l’Union africaine sont tout à fait conscients que la solution ne viendra pas d’eux. « Lors de l’opération “Restore Hope”, en 1993, les Nations unies avaient 35 000 hommes bien équipés et ces derniers n’ont pas réussi à l’emporter », juge Nicolas Bwakira, émissaire spécial de l’Union africaine pour la Somalie. Comprendre : on pourra toujours envoyer sur le terrain les effectifs qu’on voudra, seul un compromis politique entre Somaliens permettra de mettre un terme au conflit.

« Nous sommes ici pour garder la paix alors qu’il n’y a aucune paix à garder ! Nous devons d’abord l’instaurer, cette paix, mais ce n’est plus tout à fait du boulot de gardien de l’ordre prévu par notre mandat ! » renchérit le général ougandais Francis Okello, commandant l’Amisom. L’officier reconnaît à son ennemi quatre atouts essentiels : « La mobilité, la terreur, les finances et la propagande. Il a pour lui la vitesse. Il peut mener plusieurs attaques en un temps réduit, ce qui donne l’impression qu’il est partout.»

Kalachnikovs et Youtube

Lorsque nous retrouvons le major Berigye Ba-Hoku, porte-parole de l’Amisom, il est pendu à son téléphone. Rien d’anormal, dira-t-on, c’est sa fonction. Sauf que la plupart des appels qu’il reçoit n’émanent pas de journalistes venus aux nouvelles. Mais de Chabaab. Des insurgés qui le harcèlent pour l’agonir d’injures, dans un anglais approximatif. « Des menaces ? J’en reçois des centaines par jour. Ils ont donné mon numéro de portable à tous leurs partisans. » Le major met le haut-parleur : « Je suis Chabaab et vous allez mourir, sales envahisseurs ougandais. » Nouvel appel. Le major commence à raisonner son interlocuteur. Puis il s’énerve et lance à l’insurgé : « Ta soeur, je la baise ! » Exaspéré, l’officier finit par raccrocher. Mais un bip lui annonce l’arrivée d’un SMS lapidaire : « T’es un pédé. » Car la guerre en Somalie ne se joue pas que dans les échanges de tirs et la conquête de quartiers. Action psychologique et propagande sont aussi un terrain d’affrontement majeur, et les insurgés ne sont pas en reste. Les Chabaab disposent de leur site Internet, plein des récits de leurs faits d’armes. Ils utilisent aussi bien Facebook que YouTube. Et, surtout, ils sont pratiquement les seuls à parler aux médias somaliens. « Vous avez dans ce pays trois chaînes de télé privées, des dizaines de radios et près de 300 sites Internet , explique l’envoyé spécial de l’Onu, le diplomate mauritanien Ahmedou Ould-Abdallah. C’est sur ce terrain qu’il faut répondre à la propagande des insurgés ! »

Dans les médias, les deux camps s’accusent de massacres. « Les Chabaab tirent régulièrement au mortier sur le marché de Bakara , explique le major Berigye Ba-Hoku. Après, ils disent que ces obus viennent de nos positions et qu’on assassine la population. » Pourtant, il n’y a pas que les Chabaab qui accusent la force africaine de tirer un peu au hasard sur les quartiers résidentiels, causant de nombreuses victimes civiles.

Imbroglio à l’ONU

L’ONG américaine Human Rights Watch a publié plusieurs rapports très sévères sur les règles d’engagement et le comportement des soldats de l’Amisom. Pourtant, les habitants de Mogadiscio n’en doutent pas : c’est avant tout l’Amisom et personne d’autre qui déclenche des tirs sur leurs habitations. Quelle que soit la vérité, dans cette guerre de propagande, l’effet est là, dévastateur : l’Amisom s’est aliéné une partie de l’opinion publique. Et elle n’est pas la seule : lors de la contre-offensive des troupes gouvernementales, certains soldats se sont comportés en soudards, se livrant au pillage dans les zones reconquises. Commentaire d’un habitant du quartier de Bakara : « Les Chabaab nous terrorisent mais, eux, au moins, ils sont honnêtes. »

L’administration américaine, encore traumatisée par l’expérience de son intervention en Somalie, voit dans l’Amisom un instrument pratique. Elle en est l’un des principaux contributeurs, fournissant notamment les moyens de communications radio et l’ensemble des cartes et images aériennes utilisées par les soldats africains. Le Pentagone continue de considérer la Somalie comme l’une des principales menaces pour la sécurité nationale américaine. L’apparition sur Internet d’une vidéo montrant un Chabaab blanc, un converti venu des Etats-Unis ayant adopté le nom de guerre d’Abou Mansour al-Amriki, qui fait le coup de feu aux côtés des insurgés somalien a encore renforcé ces craintes. Chaque nuit, un C-130 de l’US Air force dessine de longs cercles dans le ciel noir de Mogadiscio. « Nous échangeons les renseignements avec leur base de Djibouti », confirme le général Katumba Wamala, chef d’état-major de l’armée de terre ougandaise.

Loin de Mogadiscio, dans les couloirs feutrés de l’Onu, à New York, se mène une autre bataille : celle pour le retour des Nations unies en Somalie et le transfert de la Mission de l’Union africaine sous la responsabilité du Conseil de sécurité. Beaucoup ne veulent pas en entendre parler. Mais l’Union africaine compte bien, selon l’expression de Nicolas Bwakira, « changer la couleur du casque de [ses] soldats ». L’objectif est, aussi, de porter les effectifs de la mission à 20 000 hommes. Cela signerait un retour en force de la communauté internationale dans l’imbroglio somalien. Une démarche à haut risque.

Dix-huit ans sans Etat

1959 les colonies italienne et britannique de la Corne de l’Afrique sont réunies pour former une Somalie indépendante.

1991 chute du dictateur Siyad Barre. Disparition de l’Etat central.

1992 intervention des Nations unies pour rétablir l’ordre et lutter contre la famine. Opération « Restore Hope ».

1993 affrontement entre les troupes américaines sous mandat de l’Onu et des miliciens.

1995 la mission onusienne se retire.

2006 pendant six mois, un régime islamiste restaure la paix. Il est renversé par une intervention éthiopienne.

2009 cheikh Charif Cheikh Ahmed est élu président. Gouvernement de réconciliation.

L’Amisom

Créée en janvier 2007, cette force est l’une des missions les plus ambitieuses de l’Union africaine. Configurée à l’origine pour 8 000 soldats, elle n’en compte que 4 300, venus d’Ouganda et du Burundi. Elle devait être relevée après six mois par une mission des Nations unies, mais le terrain somalien est trop instable pour que l’Onu accepte de s’y engager directement. Fin avril, une conférence de donateurs réunis à Bruxelles a récolté des promesses de dons qui devraient permettre de financer enfin la montée en puissance de l’Amisom.

La piraterie, un business comme un autre

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas toute la Somalie qui sert de repaires aux pirates. Les flibustiers de l’océan Indien ont presque tous leur base dans la région semi-autonome du Puntland, au nord-est. La faillite de l’Etat somalien n’en est pas la seule raison. Les autorités du Puntland, pourtant soutenues par la communauté internationale, sont soupçonnées d’avoir relancé la piraterie et continuent de tirer des bénéfices des captures de bateaux. Pour se justifier, les pirates disent répondre au double fléau qui les a frappés. Anciens pêcheurs, ils souffrent des prises massives opérées au large par des bateaux étrangers, qui épuisent la ressource halieutique. Et ils sont aussi victimes de la pollution des eaux littorales, après que des sociétés européennes y ont largué des déchets toxiques. Enfin, la piraterie a longtemps aussi été utilisée comme un péage. Alors que le principal port du pays se trouve à Mogadiscio et que presque toutes les marchandises y transitent, capturer des bateaux qui s’y rendent est un moyen comme un autre pour les clans du nord du pays de faire payer à ceux du sud un droit de passage.

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Some words from Mogadishu

mai 22, 2009 · Laisser un commentaire

Somalia is bleeding. Since May 7th, insurgents have launched a new offensive to topple the Transitionnal Federal Governement (TFG), backed by the AU forces, the Amisom. Governement forces have retaliate and are fiercly fighting back.
The consequence of this rise of violence are, as usual, a high price paid by the civilans. At least 400 persons have been killed since the beginning of the offensive, and around 100.000 have fled their houses and are accounted as «new IDP’s» by international organizations.
What would be the solution to save Somalia ?
The main problem is that this country is the stage for a double proxy war. A war between Ethiopia and Erythrea. And a war between Al Qaeda and the West.
Considering that no local player has an interest in peace, especially as they all play a foreign agenda, whatever it is, there could not be peace without a release of the foreign pressure.
Considering that the alliance of Al Qaeda and Erythrea is nothing but natural and has no chance to last, the perspective of their victory should not be fantasied, what allows Ethiopia and the West to stop fueling the war by funding and pushing their proxies.
For the French readers, I’ll post in few days a longer report to be published this week in Le Point newsmagazine.

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Who cares about Somalia ?

avril 30, 2008 · Laisser un commentaire

In the last weeks, Somalia came back to the headlines. 85 people were killed in fightings in Mogadishu in a couple of days. Unrest have driven 750,000 others out of their home in the capital city during the last 15 months.

But who cares ?

The media concentrated their attention to two European ships that were taken by pirates off the shores of Somalia.

France and the US presented to the UN security council two resolutions drafts to fight piracy inside the Somali sea borders.

For Daniela Kroslak and Andrew Stroehlein, International crisis group experts, it’s like ‘watching flames engulf your neighbor’s house and calling in the fire brigade to help you wash your car.’

Moreover, the US counterterrorism policy prevent the Somali interim governement to engage the islamists in a real national conciliation talk, by considering them ‘terrorists’.

By the way, during their short reign in Mogadishu, these ‘terrorists’ succeeded eradicating piracy off Somali coasts. But no one will give them credit for that.

I post here the original column, published in the International Herald Tribune.

“Oh My Gosh, Pirates!”,
Daniela Kroslak and Andrew Stroehlein in the International Herald Tribune
29 April 2008

Strange how an African country can be moving from prolonged chaos to violent collapse and no one in the world notices until a couple of European boats get seized by armed gunmen.
War-ravaged Somalia is in the worst shape it has been in for years – which, for this devastated country that has not had a proper government for nearly a generation, is really saying something.
Yet, neither of the two resolutions currently in preparation at the UN Security Council mention the 85 dead in Mogadishu last weekend, or the exodus of newly displaced persons from that city, or Ethiopian shelling of civilian areas or the dwindling international humanitarian response.
Instead, one of the resolutions proposed by France, the United States and Britain is a reaction to the hijacking of a French yacht and a Spanish fishing vessel, and would authorize countries to fight piracy off Somalia’s coast.
It is like watching flames engulf your neighbor’s house and calling in the fire brigade to help you wash your car.
The death and displacement in Somalia is caused by the violent confrontation between the evaporating transitional government troops and its Ethiopian allies on the one hand, and insurgents on the other.
Officials in African and western capitals shrug their shoulders when confronted with the dire situation in Somalia. A lack of political will, investment and imagination has made Somalia a hopeless case in their eyes.
Realizing no one in power cares in the slightest, most international media have also been ignoring Somalia, barely mentioning the recent heavy fighting in Mogadishu for example.
Ethiopian troops have been accused of having targeted mosques and killing religious leaders and civilians in the north of the capital. Whole areas of Mogadishu were sealed off, leaving outsiders only to guess the gravity of the plight in those sectors. Did anyone hear about any of this?
But pirates taking a French luxury yacht? That story was hard to miss.
According to the United Nations, 2.5 million people are in urgent need of assistance in Somalia. 750,000 alone were displaced from Mogadishu over the last 15 months. Critical water shortages and a severe drought have befallen central and northern Somalia further aggravating the hardship for the civilian population.
The verdict seems to be clear: combined Ethiopian, African Union troops and transitional government forces have failed to establish security in the capital Mogadishu, or any other part of the country.
Islamist al-Shabaab militants in southern and central Somalia are combining their military operations with political outreach. Ultimately, the rise and consolidation of an Islamist movement pursuing a regional and international agenda will create a growing threat to the rest of the Horn of Africa.
A narrow window of opportunity has emerged in the form of Somali Prime Minister Nur Hassan Hussein’s recent offer to negotiate with both the internal and external opposition, including al-Shabaab, many members of which belong to the clan controlling Mogadishu, the Hawiye. This bold political initiative led by a widely respected figure, if seized upon, could potentially usher in an inclusive Somali national political dialogue.
But it now faces a steep hurdle, if not a fatal blow, from the U.S. designation of al-Shabaab as a terrorist organization. Whether well founded or otherwise, the U.S. move – preceded by the latest American air strikes on Dobley in southern Somalia – could undercut the prime minister’s initiative, widen the rift between the president and the prime minister and undermine local and international efforts to facilitate a political resolution to the Somali crisis.
The lack of strategic engagement by the international community is a significant obstacle to progress. The efforts of the UN special representative, Ahmedou Ould-Abdallah, to build greater cohesion among members of the international community should be encouraged, and he should be supported to build a strategy for a meaningful peace process.
This new political process should work to achieve an end to the current insurgency. The first point on the agenda for negotiation should be a cease-fire. Involved parties need to be given security guarantees in order to agree to it and truly engage in political dialogue. For the opposition this might involve a clear plan and timeline for phased Ethiopian withdrawal supported and monitored by the international community. The Ethiopians would be given guarantees about greater Somalia claims and other security concerns.
The negotiations should include an agreement on the borders of the federal state, its internal divisions and the devolution of powers between states and central government. Also, a national reconciliation process should put an end to the cycle of revenge that has ruined the country for over two decades. The incentive for the parties to discuss this issue would be accountability mechanisms that would apply to perpetrators of crimes committed by all sides of the conflict. Finally, there must be an agreement on an electoral process leading to a democratic election of political leaders.
All this may seem quite a reach for a collapsed state like Somalia. But if world leaders and the international media gave this the kind of priority they have given the pirates, then progress would be far easier.

Daniela Kroslak is the deputy director of the Africa Program, and Andrew Stroehlein is media and information director, of the International Crisis Group.

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A report from Somalia (Le Point)

novembre 2, 2007 · Laisser un commentaire

It may look a bit messy, but I’m still updating this blog with my most significative recent pieces… I republish here a story from Mogadishu, Somalia, written between Christmas and Sylvester, 2006.

I’m not very happy with the title (editors, you know…). Actually, these Courts had quite little to do with talebans…

Source: http://www.lepoint.fr/content/monde/article?id=108012

Sur les traces des talibans somaliens

04/01/2007 – De notre envoyé spécial Nicolas Hénin – © Le Point – N°1790

Notre reporter a pu rencontrer les responsables des Tribunaux islamiques, version somalienne des talibans afghans. Mogadiscio, dont ils ont été chassés fin décembre, respire. Mais beaucoup craignent que le calme ne soit précaire.

C ‘est peu avant la Saint-Sylvestre que Mogadiscio est tombée presque sans résistance. Forte du feu vert américain, l’Ethiopie avait décidé qu’elle bouterait hors de la capitale somalienne les combattants des Tribunaux islamiques qui s’en étaient emparés en juin 2006. Le 28 décembre, les islamistes abandonnaient la capitale et se repliaient sur Kismaayo, fief de l’aile la plus radicale du mouvement, les Chebab, dans le sud du pays. Leurs 3 000 hommes, miliciens de circonstance, pauvres hères juchés sur des pick-up défoncés, n’ont sans surprise pas fait le poids face à l’aviation et à l’artillerie éthiopiennes. Le 1er janvier, Kismaayo tombait à son tour dans l’escarcelle des troupes gouvernementales appuyées par l’armée éthiopienne. Les islamistes partaient se cacher en brousse vers le Kenya.

Balayée comme un fétu de paille, la République islamiste de Mogadiscio aura donc vécu sept mois. Un laps de temps suffisant pour inquiéter les Occidentaux, en particulier les Américains, qui l’accusaient de donner asile à des membres d’Al-Qaeda, dont les auteurs des attentats contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam en 1998.

Dans les quelques heures qui ont séparé le départ des miliciens religieux et l’arrivée des forces gouvernementales soutenues par les chars éthiopiens, Mogadiscio a renoué avec ses vieux démons : les pillages et le chaos. Les seigneurs de la guerre ont repris possession de la capitale et se sont lancés dans une course effrénée pour la conquête des positions stratégiques de la ville. Le port et l’aéroport ont été repris par leurs parrains précédents, tandis que des tirs nourris se faisaient entendre. Les combats reprenaient entre chefs de clan. Comme hier, avant la prise de contrôle de Mogadiscio, en juin 2006, par les Tribunaux islamiques.

Mal connu à l’extérieur, ce mouvement islamiste fait partie du paysage politique somalien depuis les années 90. De même que les talibans afghans étaient issus des madrasas (écoles coraniques), les Tribunaux islamiques sont nés du rapprochement hétéroclite de chefs religieux, de leaders tribaux, d’hommes d’affaires influents et de radicaux islamistes qui voyaient dans l’application stricte de la charia (le droit musulman en matière pénale) la solution pour sortir la Somalie du chaos et de l’anarchie. A leurs yeux, les Tribunaux devaient devenir l’institution fondamentale d’un nouvel Etat. Ils s’étaient fédérés dans une Union des tribunaux islamiques dirigée par le cheikh Hassan Dahir Aweys.

Agé d’une soixantaine d’années, réputé père d’une vingtaine d’enfants, il affiche un large sourire au-dessus de sa barbe roussie au henné. Il avait reçu Le Point à Mogadiscio, peu de temps avant l’offensive éthiopienne, dans une maison particulière transformée en QG secret.Balayant d’un revers de la main l’accusation américaine qui le dit membre d’Al-Qaeda, il expliquait alors : « En quelques mois, nous avons ramené la stabilité dans le pays. Nous avons chassé les chefs de guerre qui, depuis quinze ans, le mettaient à feu et à sang. Pourquoi l’Occident et les Etats-Unis ne nous feraient-ils pas confiance ? Pourquoi ne nous laissent-ils pas une chance ? » Et cet authentique islamiste et ancien chef de la branche militaire du parti Ittihad al-islami, qui se présente comme un modéré, poursuit : « Les Etats-Unis continuent de nous tourner le dos en persistant à soutenir ces seigneurs de la guerre qui siègent dans le gouvernement de transition de Baidoa. Pourquoi ne nous accepteraient-ils pas comme des gens modérés ? Ils devraient plutôt nous aider, parce que c’est nous qui avons rétabli la paix. »

C’est vrai qu’après plus de quinze ans de guerre et d’anarchie les bâtiments administratifs de Mogadiscio avaient commencé à revivre. La façade du ministère des Finances a été peinte en rose, peut-être en souvenir de la colonisation italienne du pays. Et, à la veille de la chute de la ville, les électriciens s’affairaient à brancher les ordinateurs tandis que les employés redécouvraient l’usage des guichets. Au fond d’un couloir, un gros coffre-fort renfermait les finances de la nouvelle administration, qui avait juste repris la levée des impôts. Les responsables des Tribunaux islamiques dépensaient environ 800 000 dollars par mois, obtenus principalement sur la fiscalité portuaire, seule richesse du pays. Les ministères des Finances, de la Défense et des Affaires étrangères avaient été réunis dans trois bâtiments (dont une ancienne teinturerie industrielle) restaurés à la hâte.

Mais la paix retrouvée à la mode des Tribunaux islamiques était fondée sur l’application la plus fondamentaliste du Coran et de ses châtiments les plus barbares : peines de mort, flagellations et amputations. Concrètement, il n’y aurait eu que trois condamnations à mort prononcées depuis l’été. Mais certains tribunaux infligèrent aussi des amputations et des flagellations. Une sévérité et une intolérance qui ne furent pas généralisées comme au temps des talibans en Afghanistan. En réalité, la principale activité des tribunaux consistait plus souvent à trancher de très classiques conflits relevant du droit civil, conséquences pour la plupart de l’anarchie provoquée par la guerre civile. Les tribunaux ne jugeaient pas tant des crimes que des… conflits fonciers ! En restituant à leurs propriétaires légitimes des terrains ou maisons occupés illégalement par des sbires des chefs de guerre, ils avaient réussi à se forger une solide réputation de redresseurs de torts.

Charia et sécurité.

« Autrefois, on ne sortait pas la nuit , raconte Iddik, professeur d’école, assis à la terrasse d’un boui-boui, en sirotant un thé au lait très sucré tandis que le soleil se couche sur la capitale. Regardez autour de vous. Vous voyez ces échoppes ouvertes ? Ces lumières ? Cette activité ? Avant l’arrivée des Tribunaux, par exemple, on ne voyait pas de téléphones portables dans les rues. Les gens les gardaient chez eux ! Si un milicien des chefs de guerre vous voyait avec un téléphone dans la rue, il vous le volait tout de suite. Et, quand vous traversiez la ville de part en part, vous franchissiez quarante barrages. A chacun d’eux, des miliciens hirsutes, défoncés aux stupéfiants, vous prenaient l’équivalent de 1 ou 2 dollars. Il n’y avait pas d’Etat, pas de police. Rien. L’anarchie. La loi de la jungle. »

Des hommes d’affaires – qui ont pour la plupart rallié le régime islamiste – aux réfugiés qui vivent dans des camps de fortune, tous en convenaient : « Les Tribunaux islamiques ont rétabli la sécurité à Mogadiscio. » Néanmoins, les reporters étrangers étaient tenus d’être accompagnés d’une escorte armée, dont plusieurs miliciens dépendant des Tribunaux. « Cette sécurité, c’est le principal point que je mettrais au crédit des Tribunaux. Pour le reste , prédisait début décembre un journaliste somalien sous couvert d’anonymat, je pense qu’ils finiront avec le temps par s’aliéner la population. Ils se sont mis à dos la communauté internationale. Et les interdits qu’ils ont édictés ne sont pas populaires. »

Car les plaisirs terrestres étaient évidemment incompatibles avec l’ordre moral qu’ils imposaient. Ainsi la prohibition du qat. Plante euphorisante, elle est mâchée par tous les hommes de la corne de l’Afrique et du Yémen, jeunes et vieux, dès l’heure de la sieste. Interdite par les islamistes, elle avait quasiment disparu de la ville. Seul un marché noir très discret subsistait qui mettait à 80 dollars la botte de 1 kilo…

Interdit aussi, l’alcool. Les bouteilles importées avaient contribué à la fortune des chefs de guerre, qui en contrôlaient le commerce. Les Tribunaux y ont mis fin. Seul un trafic résiduel persistait et on ne trouvait guère à acheter au marché noir qu’un arak distillé localement et de très mauvaise qualité. Prohibée aussi, la danse. Le plus grand dancing de Mogadiscio, au sous-sol de l’hôtel Oroba, sur le front de mer, a été réduit en cendres pendant la guerre, mais les Somaliens appréciaient encore de danser lors des mariages. Terminé. Les convives des deux sexes étaient désormais séparés par un rideau. D’autres interdictions n’étaient pas appliquées, par pragmatisme. Le tabac est ainsi théoriquement proscrit, mais on trouve sans mal des cigarettes en ville, même si les Somaliens tendaient à se cacher pour fumer.

L’Occident se souciait peu des moeurs imposées aux Somaliens par les Tribunaux islamiques. L’Arabie saoudite applique bien la charia et nul n’y voit à redire. Pour les Américains, la crainte de voir la Somalie se transformer en un foyer du terrorisme international justifiait l’intervention éthiopienne pour en finir avec ce régime pro-taliban. A la veille de Noël, un rapport du Département d’Etat annonçait que le réseau Al-Qaeda avait désormais pris le contrôle de l’Union des Tribunaux islamiques. L’affirmation laisse les experts sceptiques. Il est vrai qu’à côté de politiciens pragmatiques, comme le cheikh Aweys, des personnalités beaucoup plus inquiétantes veillaient dans l’ombre des Tribunaux. Tel Aden Ashi Ayro. Vétéran de la guerre en Afghanistan, il est l’un des principaux commandants de l’aile militaire et les Américains le donnent pour l’homme d’Al-Qaeda en Somalie. Il serait parmi les organisateurs des attentats de Nairobi et de Dar es-Salaam. Sa renommée est d’autant plus grande que l’homme est invisible. Bien qu’il ne soit pas passé par l’Afghanistan, le secrétaire à la Défense, de son nom de guerre Inda Adde (« yeux blancs », en somalien), n’avait rien d’un modéré. Il a rappelé, à plusieurs reprises, que les combattants du monde entier étaient les bienvenus contre l’Ethiopie. Face au récent Blitzkrieg éthiopien, ces appels n’ont pas eu le temps de provoquer un afflux, mais ils ont été largement relayés par les sites Internet islamistes. Autre personnalité troublante, le cheikh Fouad Abou Khalaf, ministre de l’Education. Il semblait n’avoir qu’une hâte, c’était que la guerre arrive enfin, pour fermer les écoles… et envoyer les étudiants au front.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement de transition, jusqu’alors réfugié à Baidoa, dans le centre du pays, est rentré à Mogadiscio. « Nous allons laisser la porte ouverte au dialogue pour que les islamistes désarment » , a annoncé le vice-Premier ministre, Mohamed Hussein Aïdid. Dans la capitale, les Somaliens se sont remis à mâchonner du qat. Les avions apportant l’herbe euphorisante récoltée sur les hauts plateaux éthiopiens atterrissent de nouveau. L’espoir renaît mais chacun pressent que le calme pourrait être de courte durée.

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